…les cours de japonais pour étrangères.
Je ne devrais pas me plaindre. Obtenir une bourse, vivre un an au Japon aux frais de la princesse est un rare privilège.
Pourtant, du point de vue de mon cursus, j’ai l’impression d’avoir tout simplement perdu un an, mais il y a des compensations, bien sûr.
Et puis, quand on sait que dans certaines facs, les étudiants étrangers ont des cours en anglais et non en japonais, on se dit qu’on n’était peut-être pas si mal lotie à Kyôritsu.
Il n’empêche que les cours n’ont rien de formidable.
Déjà, au premier semestre, ce n’était pas bien fameux. Entre les cours de kanji (caractère chinois) de niveau 2ème année (je suis en quatrième…), et les cours de “conversation” qui consistaient à remplir des trous dans un dialogue, puis le lire à voix haute, on ne peut pas dire que c’était bien excitant.
Il faut dire que parmi nos “profs”, il n’y en a qu’une qui ressemble vraiment à une prof (je crois qu’elle fait actuellement son doctorat, ce qui est extrêmement rare -et mal vu- pour une Japonaise). Les autres sont des tutrices… des étudiantes, des “gamines” quoi. Toutes plus jeunes que nous, certaines intéressées par le contact avec les petites étrangères, d’autres peut-être plus intéressées par la paye…
Dans un cours avec l’une de ces tutrices, le but du jeu était de choisir un article de journal, de le lire dans son coin et d’écrire une petite rédaction sur le sujet, le tout en une heure (déjà bien trop long pour la tutrice, apparemment). Elle arrive toujours en retard, avec un “konnichi wa” incrusté dans un grand sourire hypocrite qu’elle ne garde jamais bien loin de son visage. Elle sort ensuite ses journaux (toujours le même, le Asahi shimbun que son père achète, probablement, car je la vois mal lire les journaux elle-même tous les jours), les pose sur le bureau avec les ciseaux et le grand sourire, et nous invite à nous servir.
Là, la technique pour en faire le moins possible, c’est évidemment de prendre tout son temps pour choisir. Ce n’est pas difficile, vu les sujets…entre les attentats et les conflits mondiaux, la grippe et les petites histoires des people du gouvernement, on ne se bousculait pas tellement…
Et puis, après avoir choisi un article (ça pouvait prendre déjà 10 minutes), on allait s’asseoir pour composer… pendant que la tutrice et le sourire prenaient place derrière le bureau. Ouf, ça y est, elle nous a fait choisir un article, son boulot est terminé !
Toutes les semaines, on a rendu une petite composition sur l’article de notre choix, en attendant vaguement qu’elle nous les rende la semaine suivante…sans résultat. Il a fallu que ma collègue suisse fonce dans le tas et réclame les corrections, pour qu’elles nous les rende la semaine d’après.
Je crois bien que j’ai failli rigoler quand elle nous les a rendues.
“C’est formidable, vous savez toutes bien écrire les kanji !”
Nous : sourire mi-figue mi-raisin
(Tu nous prends vraiment pour des connes toi…)
“…je les ai montrées à mes copines et elles ont dit la même chose !”
…
On s’est regardées (on n’est que trois, c’est facile), et tout était dit.
Déjà que ce n’était pas fameux, la crédibilité de cette fille en a pris un sacré coup. J’ai compris que pour elle, il s’agissait surtout d’occuper les petites étrangères, l’essentiel étant qu’on rende quelque chose comme preuve qu’on a travaillé (il faut bien qu’elle justifie son salaire auprès du bureau des relations internationales).
Elle nous a rendues quatre semaines de rédactions idiotes, qu’on a glissées dans nos sacs sans plus attendre (c’était l’heure de partir). Arrivée chez moi, un peu curieuse, j’ai regardé sa “correction”. Elle s’était contenté d’écrire une phrase de commentaire en bas. Aucune rature, aucune correction. Oh, sans rire, ma grammaire est parfaite ? Pensez-vous. Elle m’a tout l’air d’avoir rapidement survolé le truc, vu ses commentaires. Exemple : j’avais choisi un article sur le nationalisme montant en Chine. C’était plutôt intéressant. Ils avaient notamment l’intention de construire des navires de guerre et de leur donner des noms d’îles appartenant pour l’instant au Japon, mais dont eux, Chinois, revendiquent la souveraineté…bref ! Que croyez-vous qu’elle ait écrit en bas ?
“Je pense que la question du nationalisme est compliquée.”
Enfin, on (elle !) a fait pire la semaine suivante. Il y a des cours que l’on peut résumer en une image, et celui-là en faisait partie.
Elle nous a fait faire de l’origami…en se disant qu’on n’en avait peut-être jamais fait ? Essayait-elle de nous faire découvrir la culture japonaise ? O_O quand je pense à mes mille grues, je rigole…
Dans un autre genre, il y a une autre tutrice qui nous fait cours le vendredi. Au début du semestre, c’était amusant, car pendant les 2 ou 3 premiers cours elle ramenait des choses assez inattendues. Elle nous a appris les rudiments du kendô (un art martial où il faut se taper avec des épees en bambou, mais là c’était des épées en journal), et… ah oui. Elle nous a fait faire de l’origami, elle aussi…
Aujourd’hui, c’était lamentable. Elle avait à peine préparé son “cours”. Elle a bien passé au moins un quart d’heure à nous poser des questions stupides sur nos pays respectifs : “mais où habitait Marie-Antoinette avant d’être guillotinée ?” et “à Genève, est-ce qu’on peut s’approcher du siège des Nations-Unies ?”, ou, plus douteux : “j’aimerais trop voir l’endroit où habitait Anne Frank…j’ai pas lu le livre, mais ça m’intéresse beaucoup”…

Publié par akaitsuki 
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