Le commentaire de Pierre-Jean sur les robots m’a soudain rappelé que je voulais vous parler d’une chose qui m’a vaguement choquée dans la rue, hier.
“si ils parviennent à remplacer certains de leurs employés par des robots comme ils semblent vouloir le faire, ça ne fera pas beaucoup de différence. Business is business. Pas besoin de contact humain…” dit-il dans son commentaire.
Ah, les Japonais et leur légendaire humanité ! Il est vrai qu’en ce qui concerne Tokyo, les vendeurs sont des robots quasi parfaits. Et oui, le contact humain est pratiquement inexistant. Les gens font leur boulot, ils sont polis avec le client, mais ça ne va pas plus loin. Bien sûr, je n’ai pas beaucoup d’expérience, mais j’imagine très mal pouvoir engager la conversation avec la boulangère du coin (si si, il y a des boulangeries). Déjà que j’ai du mal à engager une conversation avec ma voisine ! Tiens, en ce moment, il y a à côté une Japonaise avec son PC. Là, elle est occupée à faire je ne sais quoi à ses cheveux. Tout à l’heure, il y avait un insecte bizarre sur sa table, et comme elle avait l’air d’avoir peur, je lui ai dit “c’est bon, c’est sûrement pas dangereux”, et ai chassé la bestiole. Pensez-vous qu’elle m’aurait dit merci ? Même pas un sourire. Je ne lui ai pourtant pas parlé dans une langue étrangère, non plus ?
Tout cela pour souligner la suprême indifférence des Japonais. Comment ça, ce n’est que de la timidité ?
Mais revenons au sujet. Oui, si on remplace les vendeurs par des robots, on ne verra pratiquement pas de différence.
J’attire votre attention sur le “comme ils semblent vouloir le faire”, que je sens légèrement dépréciatif (je me trompe ?). Mon impression personnelle est que si les Japonais en arrivent là, c’est vraiment qu’ils ne trouvent pas d’autre solution (ah, si, peut-être pourraient-ils faire venir des étrangers ?). Comme chacun sait, la population japonaise vieillit, et il n’y a pas assez d’enfants pour assurer le renouvellement de la population. Ce qui m’amène à vous parler de mon choc récent.
Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de vieux qui travaillent. Et quand je dis vieux, c’est plus de 60, voire 65 ans, voire plus, qui sait, tant qu’on a la santé ! Hier vers 16h, j’en ai vu un sur le bord de la route, planté là, dégarni, le regard un peu vague, avec un petit drapeau à la main où était écrit “école”. Dès que le feu passait au vert, il se mettait à brailler “c’est vert, on peut traverser !”, pour les écoliers du coin. Boulot aussi ennuyeux qu’inutile… pauvre vieux, ai-je pensé.
C’est qu’ici, les retraites sont bien maigres, et on est souvent obligé de travailler très longtemps. Est-ce aussi que les Japonais ne peuvent pas supporter de ne plus travailler ? A mon avis, c’est d’abord une question de survie. Si les retraites suffisaient, on verrait peut-être moins de vieux travailler dans la rue ou dans les gares. Mais c’est comme ça, on doit les employer à des petits boulots…
Mais les vieux, ça continue à vieillir, et il arrive bien un jour où on ne peut définitivement plus travailler. Dorénavant, le nombre de personnes dépendantes ne va cesser d’augmenter, et avec celui-ci, le nombre de postes vacants. Sans jeunes pour les occuper, que va faire le Japon ? La solution est d’encourager les naissances, mais c’est pas avec ces mous de politiciens qu’on arrivera à grand chose…
Publié par akaitsuki