70 ans et toutes mes dents !

7 octobre 2008

Le commentaire de Pierre-Jean sur les robots m’a soudain rappelé que je voulais vous parler d’une chose qui m’a vaguement choquée dans la rue, hier.

“si ils parviennent à remplacer certains de leurs employés par des robots comme ils semblent vouloir le faire, ça ne fera pas beaucoup de différence. Business is business. Pas besoin de contact humain…” dit-il dans son commentaire.
Ah, les Japonais et leur légendaire humanité ! Il est vrai qu’en ce qui concerne Tokyo, les vendeurs sont des robots quasi parfaits. Et oui, le contact humain est pratiquement inexistant. Les gens font leur boulot, ils sont polis avec le client, mais ça ne va pas plus loin. Bien sûr, je n’ai pas beaucoup d’expérience, mais j’imagine très mal pouvoir engager la conversation avec la boulangère du coin (si si, il y a des boulangeries). Déjà que j’ai du mal à engager une conversation avec ma voisine ! Tiens, en ce moment, il y a à côté une Japonaise avec son PC. Là, elle est occupée à faire je ne sais quoi à ses cheveux. Tout à l’heure, il y avait un insecte bizarre sur sa table, et comme elle avait l’air d’avoir peur, je lui ai dit “c’est bon, c’est sûrement pas dangereux”, et ai chassé la bestiole. Pensez-vous qu’elle m’aurait dit merci ? Même pas un sourire. Je ne lui ai pourtant pas parlé dans une langue étrangère, non plus ?
Tout cela pour souligner la suprême indifférence des Japonais. Comment ça, ce n’est que de la timidité ?
Mais revenons au sujet. Oui, si on remplace les vendeurs par des robots, on ne verra pratiquement pas de différence.

J’attire votre attention sur le “comme ils semblent vouloir le faire”, que je sens légèrement dépréciatif (je me trompe ?). Mon impression personnelle est que si les Japonais en arrivent là, c’est vraiment qu’ils ne trouvent pas d’autre solution (ah, si, peut-être pourraient-ils faire venir des étrangers ?). Comme chacun sait, la population japonaise vieillit, et il n’y a pas assez d’enfants pour assurer le renouvellement de la population. Ce qui m’amène à vous parler de mon choc récent.
Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de vieux qui travaillent. Et quand je dis vieux, c’est plus de 60, voire 65 ans, voire plus, qui sait, tant qu’on a la santé ! Hier vers 16h, j’en ai vu un sur le bord de la route, planté là, dégarni, le regard un peu vague, avec un petit drapeau à la main où était écrit “école”. Dès que le feu passait au vert, il se mettait à brailler “c’est vert, on peut traverser !”, pour les écoliers du coin. Boulot aussi ennuyeux qu’inutile… pauvre vieux, ai-je pensé.
C’est qu’ici, les retraites sont bien maigres, et on est souvent obligé de travailler très longtemps.  Est-ce aussi que les Japonais ne peuvent pas supporter de ne plus travailler ? A mon avis, c’est d’abord une question de survie. Si les retraites suffisaient, on verrait peut-être moins de vieux travailler dans la rue ou dans les gares. Mais c’est comme ça, on doit les employer à des petits boulots…

Mais les vieux, ça continue à vieillir, et il arrive bien un jour où on ne peut définitivement plus travailler. Dorénavant, le nombre de personnes dépendantes ne va cesser d’augmenter, et avec celui-ci, le nombre de postes vacants. Sans jeunes pour les occuper, que va faire le Japon ? La solution est d’encourager les naissances, mais c’est pas avec ces mous de politiciens qu’on arrivera à grand chose…


Mais non, tout n’est pas si sombre…

4 octobre 2008

Merci encore pour les commentaires. Aujourd’hui j’ai envie de répondre à celui de Pierre-Jean, et par la même occasion rassurer tout le monde…ou pas.

Je cite son commentaire : “Comme quoi leur politesse légendaire ne rime pas forcément avec le respect des autres.”
Pour ce qui est de leur politesse légendaire, voilà bien un des clichés les plus répandus sur les Japonais. A mon avis, c’est à la fois vrai et faux. Oui, les vendeurs vous traiteront en général avec tout le respect dû au client qui rapporte de l’argent. Ils se perdent en excusent et en remerciements, mais il va sans dire que ce n’est que le “tatemae” comme on dit chez nous. Le tatemae, c’est ce qu’on montre, c’est le visage serein qu’on compose quand on a envie de tout démolir, par opposition aux vrais sentiments, qu’il faut cacher à tout prix. Les vendeurs sont polis par habitude, et parce que c’est leur boulot. Mais on sent très vite que leur politesse est forcée, codée, bref, que c’est un texte appris par coeur. Si vous recherchez de la chaleur humaine, passez votre chemin… Et quand vous leur demandez tout à coup une chose spéciale à laquelle ils ne sont pas habitués, ils ont l’air perdu, comme un programme auquel on aurait oublié de dire quoi faire s’il tombe tout à coup sur une exception…
C’est justement ce qui m’est arrivé aujourd’hui. Je suis allée acheter mon téléphone portable, chez au (prononcez à l’anglais japonisé : “éé you-ou”). A la fin, la vendeuse me dit “Avez-vous d’autres questions sur des points qui ne vous paraîtraient pas clairs ?” ; je lui dis “oui, ça veut dire quoi “au” ?” (demandez en France ce que veut dire SFR, à l’occasion). La pauvre avait l’air tout gênée, a avoué qu’elle ne savait pas, mais qu’elle allait s’informer tout de suite. Elle est donc passée hors de ma vue cinq minutes, et est revenue avec la précieuse information, en s’excusant encore de ne pas avoir su répondre. Quant à Shin, qui m’accompagnait, il s’est aussi excusé, en mon nom, d’avoir posé une telle question.

Ce n’est pas que les Japonais ne respectent pas les autres. On ne m’a pas vraiment manqué de respect, on ne m’a pas insultée. Parfois, j’ai juste l’impression que les gens me regardent bizarrement. Mais je préfère encore ça aux regards insistants de certains Arabes du côté de Barbès à Paris, qui me mettent mal à l’aise dans mon propre pays O_o

(il est minuit passé, je suis fatiguée, j’aurais bien voulu développer un peu mieux, mais ce sera pour un autre jour)


1 octobre 2008

Tout d’abord, merci à ceux et celles qui laissent des commentaires, ça fait plaisir !

Aujourd’hui, je vais encore baratiner un peu.
Le thème du jour est la condition d’étranger au Japon.

Tout d’abord, sachez qu’au Japon, tout étranger est Américain par défaut. Ce qui explique en partie que, lorsque vous vous adressez à un Japonais en japonais, vous risquez d’obtenir une réponse en anglais. Il y en a même qui, tout en sachant parfaitement que vous êtes Français, continuent de vous baragouiner leur anglais si peu compréhensible qu’on comprendrait aussi bien la version japonaise. C’est que, voyez-vous, tous les Blancs parlent anglais couramment, c’est bien connu.
Mais rassurez-vous, rares sont ceux qui persistent. Si vous allez à la mairie, et que vous demandez en japonais à faire tel ou tel papier, on vous expliquera tout le truc en japonais, et là, certains regretteront peut-être les malpolis qui testent leur anglais sur nous.
Un jour, fatiguée du petit jeu d’un Japonais qui persistait dans sa connerie, j’ai carrément jeté “désolée, je ne parle pas l’anglais, pouvez-vous me parlez en japonais s’il vous plait ?”, quitte à passer pour une malotrue, au moins c’est efficace.

Les Noirs ne courent pas vraiment les rues ici. L’autre jour, j’étais dans le métro avec Bakumyna (du Bénin, rappelez vous), et il y avait à côté de nous un père et son gamin en poussette. Le gosse, voyant Bakumyna, a eu l’air d’avoir peur, et se cachait (pardon, mais quelle mauviette !). Mais le plus choquant, ce n’est pas la réaction du gamin de 2 ans, mais celle de son père. Celui-ci, voyant que son fils était effrayé, s’est déplacé pour se venir se mettre entre son fils et nous, et lui cacher ainsi la vue immonde des deux étrangères.
Face à des gens comme ça, je suis tentée de conclure que le type est un pauvre con, mais ce serait trop facile. Cela dit je n’ai pas envie de l’excuser non plus. Ce n’est pas “d’un côté le Japon, de l’autre le reste du monde”, et il va bien falloir que son trouillard de gosse se rende compte qu’il y a aussi des Blancs et des Noirs non seulement sur la Terre, mais aussi au Japon…

Etre étranger au Japon, cela a ses petits avantages aussi. En tant qu’étranger, vous êtes de toute façon considéré comme “en dehors du coup”. Ca peut être frustrant de ne pas être toujours traité comme un humain normal au même titre qu’un Japonais, mais ça a un bon côté : puisqu’on ne vous demande pas d’être comme un Japonais, on vous pardonne plus facilement vos erreurs. J’imagine qu’ils se disent “bah, de toute façon, c’est une étrangère, peu importe”.

Hier, il y avait à la fac une troupe de théâtre anglaise, qui jouait une pièce de Shakespeare. Nous, étrangères, étions conviées (avec quelque insistance) à assister à la représentation. Je me suis demandée pourquoi l’université tenait tant à nous avoir en sa compagnie, mais j’ai compris en allant au petit cocktail organisé ensuite en l’honneur des acteurs. Il y avait donc là les acteurs, quelques parents d’acteurs, des profs et personnages éminents de Kyôritsu, quelques étudiantes japonaises (probablement sélectionnées sur leur niveau d’anglais), et…trois étudiantes étrangères. Pour quoi faire ? J’aimerais bien me dire que ce n’était pas pour la décoration, mais j’ai bien peur que si. Il faut bien montrer que Kyôritsu est une université moderne, ouverte au monde, et tout ça. C’est pourquoi on nous demande de venir à la moindre occasion où Kyôritsu peut exhiber fièrement ses étrangères devant la presse ou d’éventuels clients.

Vous allez dire que je suis paranoïaque, et je vous dirai que vous avez peut-être raison :D le climat de méfiance qui règne ici est peut-être en train de s’emparer de moi.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.