Aujourd’hui, vous apprendrez comment je me suis retrouvée à représenter l’université Kyôritsu (“mon université”) lors d’un concours de koto… L’enjeu de ce concours n’était pas important, et c’est pour cette raison que l’on m’a demandé (ordonné ?) d’y participer. Il n’y avait d’ailleurs rien à gagner.
Corrigez-moi si je me trompe, mais il me semble que je ne suis jamais montée sur scène en France. N’ayant jamais fait ni théâtre, ni musique, ni chorale, ni danse… je n’en ai jamais eu l’occasion. Dire qu’il fallait que ma première fois ait lieu au Japon. Dire qu’il fallait que je parle français…devant un public de Japonais.
C’était il y a déjà trois semaines. Ce fameux shinjin’ensoukai (“concert de débutants”) dont on me parlait depuis longtemps. Ce dimanche-là, je suis allée à l’université Musashino avec la plupart des autres membres du club. Là-bas se réunissaient pour la journée les clubs de musique japonaise de 23 universités du Kantô (région de Tokyo).
Je devais jouer sur scène un morceau de 6 minutes, avec une sempai (terme qui désigne un aîné, un camarade ou collègue entré dans le club, l’école, ou l’entreprise une ou plusieurs années avant vous) dont j’ai déjà parlé je crois, Hikaru. Cette réunion étant faite uniquement par des étudiants, pour des étudiants, il n’y avait ni prof pour vous juger (seulement un jury d’étudiants en musique), ni public excepté les autres clubs participants. Aussi, l’ambiance était plutôt cool, et il était recommandé de faire un petit spectacle sur scène avant de jouer le morceau lui-même. C’est une heure avant notre passage que nous avons mis au point notre petit duo…
Double performance, donc double trac. Il s’agissait déjà de faire rire la salle avec notre spectacle. Le deuxième challenge, et non le moindre, était de jouer avec le moins d’erreurs possible…
Mais voici deux ou trois vidéos…ah, évidemment, quand ce n’est pas mon appareil qui s’occupe de couvrir l’évènement, la qualité n’est pas la même
Notre arrivée sur scène…
Bah oui, évidemment que j’ai honte ! Nan mais vous avez vu ça ? Lamentable.
On avait décidé d’arriver en imitant vaguement des tornades. Pourquoi ? Simple. Tant que je tournais, on aurait difficilement pu déceler mon européanitude. Il fallait garder le suspense… Et croyez-moi, j’ai fait sensation. Les pauvres, ils ont du se dire “oh my god, elle va vraiment jouer du koto ??”
Le petit spectacle que nous avions mis au point ne durait guère que 3 ou 4 minutes. Je parlais français (“fais des phrases longues, raconte n’importe quoi, ce qui te passe par la tête, de toute façon personne ne comprend”), et Hikaru faisait semblant de traduire… pour ma première réplique “je suis étudiante à Kyôritsu. Avant j’habitais Paris, pendant trois ans, et j’y ai appris le japonais, blablabla”, Hikaru a traduit “ah, heu…oui. Il parait qu’en France, il y a du vin qui sort des robinets”, et autres foutaises. Je ne vous montre pas cette vidéo, qui n’a aucun intérêt si vous ne comprenez pas le japonais…et puis surtout, j’ai honte tellement j’ai l’air minable…ne m’en veuillez pas.
En fait, les vidéos suivantes sont aussi minables, mais bon, allez, mon premier passage sur scène ! Mon jeu était tout à fait pourri, mais ne vous moquez pas trop. J’aimerais bien vous y voir.
J’ai fait de mon mieux, mais c’était quand même pourri. Voici une photo sur laquelle j’ai l’air de maîtriser mon truc et d’avoir presque la classe, mais en fait c’était pas du tout ça.
J’étais la seule non-asiatique de la salle (il y a toujours deux trois Coréennes et Chinoises par-ci par-là), cela va sans dire. Et comme pendant notre petit spectacle je n’avais parlé qu’en français, j’ai étonné tout le monde quand on a du passer devant la scène et répondre à des questions. On me pose timidement une question simple, avec l’air de dire “hum, va-t-elle comprendre mes paroles ?”, et je réponds… “watashi wa…” ce qui signifie simplement “je…”, quand partout dans le public j’entends des “oooooooh”. Genre “oh, mais elle parle ?”. Sans rire ? Vous savez pas la meilleure ? Je sais lire, aussi.
Heureusement les questions n’ont pas duré longtemps. Je suis retournée honteusement m’asseoir avec les filles du club, et on a écouté les prestations des autres clubs jusqu’à la fin. C’est qu’après ça, le jury délibérait, pour attribuer des prix (au Japon, on adore attribuer des prix pour tout et rien, dès l’école primaire). Prix de la meilleure interprétation musicale, prix d’encouragement (“encore un effort !”)… et prix pour la performance, le show d’introduction.
Hikaru s’attendait à obtenir un prix d’encouragement et a d’abord été très déçue…mais s’est vite reprise en entendant le nom de Kyôritsu cité parmi les trois prix pour le show ! J’aurais du m’en douter ! Non que c’était spécialement drôle (enfin peut-être que si, du point de vue du public), mais je crois qu’ils ont surtout voulu me récompenser d’avoir participé…parce qu’une blanche qui joue du koto, ils ne doivent pas en voir souvent…
Du coup, je n’ai pas eu d’autre choix que de descendre sur scène pour recevoir notre joli diplôme…quelle honte. Mais tout le club était drôlement content, c’est le principal. C’est bien la première fois que j’avais le sentiment d’avoir fait quelque chose pour contribuer à la victoire d’un groupe…
Et c’est de fort bonne humeur que nous avons quitté l’université Musashino.
J’en profite d’ailleurs pour dire (même si tout le monde s’en fout) que le club de koto de Kyôritsu a retrouvé une nouvelle jeunesse ! En effet, vous n’ignorez pas que la situation était préoccupante, du fait du manque de jeunes recrues. Sachez que depuis la rentrée (avril), une dizaine de filles de première et deuxième années ont décidé d’intégrer le club ! C’est sûrement le résultat de nos efforts acharnés en matière de distribution de tracts… et non ma performance dans le hall de la fac par un riant après-midi, qui a attiré autant de gens…

Publié par akaitsuki 


















