“Shinjin’ensoukai”

15 mai 2009

Aujourd’hui, vous apprendrez comment je me suis retrouvée à représenter l’université Kyôritsu (“mon université”) lors d’un concours de koto… L’enjeu de ce concours n’était pas important, et c’est pour cette raison que l’on m’a demandé (ordonné ?) d’y participer. Il n’y avait d’ailleurs rien à gagner.

Corrigez-moi si je me trompe, mais il me semble que je ne suis jamais montée sur scène en France. N’ayant jamais fait ni théâtre, ni musique, ni chorale, ni danse… je n’en ai jamais eu l’occasion. Dire qu’il fallait que ma première fois ait lieu au Japon. Dire qu’il fallait que je parle français…devant un public de Japonais.

C’était il y a déjà trois semaines. Ce fameux shinjin’ensoukai (“concert de débutants”) dont on me parlait depuis longtemps. Ce dimanche-là, je suis allée à l’université Musashino avec la plupart des autres membres du club. Là-bas se réunissaient pour la journée les clubs de musique japonaise de 23 universités du Kantô (région de Tokyo).

Je devais jouer sur scène un morceau de 6 minutes, avec une sempai (terme qui désigne un aîné, un camarade ou collègue entré dans le club, l’école, ou l’entreprise une ou plusieurs années avant vous) dont j’ai déjà parlé je crois, Hikaru. Cette réunion étant faite uniquement par des étudiants, pour des étudiants, il n’y avait ni prof pour vous juger (seulement un jury d’étudiants en musique), ni public excepté les autres clubs participants. Aussi, l’ambiance était plutôt cool, et il était recommandé de faire un petit spectacle sur scène avant de jouer le morceau lui-même. C’est une heure avant notre passage que nous avons mis au point notre petit duo…

Double performance, donc double trac. Il s’agissait déjà de faire rire la salle avec notre spectacle. Le deuxième challenge, et non le moindre, était de jouer avec le moins d’erreurs possible…

Mais voici deux ou trois vidéos…ah, évidemment, quand ce n’est pas mon appareil qui s’occupe de couvrir l’évènement, la qualité n’est pas la même :D

Notre arrivée sur scène…

Bah oui, évidemment que j’ai honte ! Nan mais vous avez vu ça ? Lamentable.
On avait décidé d’arriver en imitant vaguement des tornades. Pourquoi ? Simple. Tant que je tournais, on aurait difficilement pu déceler mon européanitude. Il fallait garder le suspense… Et croyez-moi, j’ai fait sensation. Les pauvres, ils ont du se dire “oh my god, elle va vraiment jouer du koto ??”

Le petit spectacle que nous avions mis au point ne durait guère que 3 ou 4 minutes. Je parlais français (“fais des phrases longues, raconte n’importe quoi, ce qui te passe par la tête, de toute façon personne ne comprend”), et Hikaru faisait semblant de traduire… pour ma première réplique “je suis étudiante à Kyôritsu. Avant j’habitais Paris, pendant trois ans, et j’y ai appris le japonais, blablabla”, Hikaru a traduit “ah, heu…oui. Il parait qu’en France, il y a du vin qui sort des robinets”, et autres foutaises. Je ne vous montre pas cette vidéo, qui n’a aucun intérêt si vous ne comprenez pas le japonais…et puis surtout, j’ai honte tellement j’ai l’air minable…ne m’en veuillez pas.

En fait, les vidéos suivantes sont aussi minables, mais bon, allez, mon premier passage sur scène !  Mon jeu était tout à fait pourri, mais ne vous moquez pas trop. J’aimerais bien vous y voir.

J’ai fait de mon mieux, mais c’était quand même pourri. Voici une photo sur laquelle j’ai l’air de maîtriser mon truc et d’avoir presque la classe, mais en fait c’était pas du tout ça.

P1000395

J’étais la seule  non-asiatique de la salle (il y a toujours deux trois Coréennes et Chinoises par-ci par-là), cela va sans dire. Et comme pendant notre petit spectacle je n’avais parlé qu’en français, j’ai étonné tout le monde quand on a du passer devant la scène et répondre à des questions. On me pose timidement une question simple, avec l’air de dire “hum, va-t-elle comprendre mes paroles ?”, et je réponds… “watashi wa…” ce qui signifie simplement “je…”, quand partout dans le public j’entends des “oooooooh”. Genre “oh, mais elle parle ?”. Sans rire ? Vous savez pas la meilleure ? Je sais lire, aussi.

Heureusement les questions n’ont pas duré longtemps. Je suis retournée honteusement m’asseoir avec les filles du club, et on a écouté les prestations des autres clubs jusqu’à la fin. C’est qu’après ça, le jury délibérait, pour attribuer des prix (au Japon, on adore attribuer des prix pour tout et rien, dès l’école primaire). Prix de la meilleure interprétation musicale, prix d’encouragement (“encore un effort !”)… et prix pour la performance, le show d’introduction.

Hikaru s’attendait à obtenir un prix d’encouragement et a d’abord été très déçue…mais s’est vite reprise en entendant le nom de Kyôritsu cité parmi les trois prix pour le show ! J’aurais du m’en douter ! Non que c’était spécialement drôle (enfin peut-être que si, du point de vue du public), mais je crois qu’ils ont surtout voulu me récompenser d’avoir participé…parce qu’une blanche qui joue du koto, ils ne doivent pas en voir souvent…

Du coup, je n’ai pas eu d’autre choix que de descendre sur scène pour recevoir notre joli diplôme…quelle honte. Mais tout le club était drôlement content, c’est le principal. C’est bien la première fois que j’avais le sentiment d’avoir fait quelque chose pour contribuer à la victoire d’un groupe…

Et c’est de fort bonne humeur que nous avons quitté l’université Musashino.

J’en profite d’ailleurs pour dire (même si tout le monde s’en fout) que le club de koto de Kyôritsu a retrouvé une nouvelle jeunesse ! En effet, vous n’ignorez pas que la situation était préoccupante, du fait du manque de jeunes recrues. Sachez que depuis la rentrée (avril), une dizaine de filles de première et deuxième années ont décidé d’intégrer le club ! C’est sûrement le résultat de nos efforts acharnés en matière de distribution de tracts… et non ma performance dans le hall de la fac par un riant après-midi, qui a attiré autant de gens…


Concert de koto

28 avril 2009

(Note : veuillez pardonner les intrusions de caractères japonais dans cet article. Mes collègues de koto ont regretté que mon dernier post les concernant aussi ne soit écrit qu’en français).

Samedi dernier, il y avait une journée de concert de koto. D’après ce que j’ai compris, c’était organisé par le maître de koto Mme Yanai, qui est le professeur de notre club d’université, entre autres occupations. Toujours d’après mes déductions, les joueuses de koto présentes étaient des élèves de Mme Yanai, et les joueurs de shamisen et shakuhachi, des connaissances ou amis.
En tant que membre du club de l’université, j’étais chargée de travailler (si on peut dire) à l’accueil dans le hall (en fait, c’est évident que quand un visiteur arrive, il va s’adresser à une Japonaise, et non à moi…et j’étais bien souvent désoeuvrée). Je suis donc arrivée vers 10h pour préparer l’accueil, les CD à vendre et tout le tralala.
Le matin, les joueurs ont répété dans le hall, pendant que je jouais les photographes.

私は受付でがんばったけど、やっぱりお客が私の顔を見ると「あ、外人だ。日本語できないから無理」と思うかもしれない・・・だから、私はあまり役にたたなかったねT_T まぁ、その代わりに、写真いっぱい撮った!

朝のリハーサル、みんな真剣に練習してるなあ~。玲子も頑張ったよね^o^

repetition

Hikka accorde son koto sous l’oeil attentif (?) d’Asachan…
麻ちゃんお茶目だね・・・この写真大好き!

hikka-asachan

みんなうれしそうに笑ってる写真はいいなぁ~。ひっかはちょっと緊張してたかもしれないけど。

hitomin-macchi-asachan-hikka

Qui dit koto, dit kimono ! J’admire les obi (ceintures)…
琴と言えば着物だ!帯はかっこいいなぁ~。玲子の着物は地味でとても似合ってたよね。

reiko

Hikka porte un bien joli kimono, aux couleurs de la France, comme elle dit.
ひっか、フランスの色は似合うよ!いい笑顔してるし、この写真とても好きです ^_^b

hikka-kimono

hikka

Le midi, des bentô (panier-repas ?) ont été apportés…c’était drôlement bon et méritait bien une petite photo.

bento

La représentation commence vers 13h30. Au début, je suis courageuse et prends quelques photos de la scène…

scene

Hikka interprète très joliment son morceau. Dommage que je n’ai pas pu prendre de vidéo digne de ce nom…
ひっかの変態 ^o^ 上手すぎるなぁ 本当にかっこいいよ。 これからも頑張ってプロになってよ!

hikka-no-koto

Je vous passe les détails de la journée.
Le soir, j’étais invitée à aller manger (et boire…) chez Mme Yanai. J’ai pu discuter avec une Japonaise qui a vécu en Alsace pendant 6 ans O_o et qui parle très bien le français…
J’ai aussi conversé avec d’autres personnes en japonais, et me suis rendue compte que j’étais capable de suivre une conversation normale. C’était aussi l’occasion d’expérimenter “une soirée entre Japonais”. S’ils sont coincés dans la journée (kimonos serrés,  paroles retenues, visages souriants), le soir ils se déchaînent. Notre hôtesse était d’ailleurs passablement soûle… l’ambiance n’avait en tout cas rien à envier à nos soirées françaises :)

Le soir, j’ai réussi à rentrer à la résidence avant 23h, et me suis couchée tôt.
C’est que le lendemain, une duuuure journée m’attendait ! Récit prochainement…


Les clubs d’université

17 avril 2009

Ceux qui ont un peu étudié le Japon connaissent bien les notions de uchi (l’intérieur) et soto (l’extérieur). Si on ose caricaturer, on peut dire que ces notions sont la base même du fonctionnement de la société japonaise. Je m’explique.

Au Japon, il y a l’intérieur, le soi, le groupe (famille, club, cercle d’amis, société…) dont on fait partie, et le reste, le soto. On se comportera donc différemment avec les gens qui font partie de notre groupe, et ceux qui n’en font pas partie.

Faire partie d’un club d’université au Japon permet de bien comprendre ces notions.

Récemment, j’ai eu pas mal de choses à faire avec mon club de koto. Car en avril, c’est la rentrée. Il y a donc des nouvelles première année, et une journée est organisée pour leur permettre de découvrir les clubs…et choisir ensuite celui (ou ceux) qui les intéresse le plus. La présentation comportait un mini spectacle sur scène (dans la graaaaaaande salle de théâtre, propriété de la fac, qui est riche comme chacun sait) avec une courte prestation de chaque club. Moi-même, je ne jouais pas, bien sûr (je n’aurais pas donné envie à grand monde d’entrer dans le club O_o), mais j’aidais à diverses choses.

Pendant la préparation dans une salle de classe, j’ai pris quelques photos…tentatives de portraits ratées, et puis simplement des souvenirs de mon club chéri.

Hikka-Hitomin-Asachan

Kyan-Hikka

Hitomin

Asachan

A côté de nous, le club de…mode. Pas vraiment le même style que nous, elles ont passé leur temps à jacasser tout en se coiffant et maquillant mutuellement…

Fashion

La prestation de notre club s’est bien passée. Je n’avais pas mon appareil photo sur moi, c’est bien dommage. Mais j’ai récupéré une photo de piètre qualité sur le blog du club.

Concert koto

Comment ça, un garçon ? Dans une université pour filles ??? Ooooooohhhhh
Keita joue du shakuhachi, il vient d’une université toute proche. On l’embauche de temps en temps pour nous accompagner.

Faire partie d’un club, c’est aussi faire de la propagande auprès des jeunes. En vérité, le club de koto ne va pas très bien…il manque cruellement de nouvelles recrues. Que voulez-vous, la jeunesse ne s’intéresse pas à la culture de son propre pays…et préfère entrer dans le club de pom-pom girls ou de danse fla (Hawaï, le rêve de toute Japonaise…ou presque). C’est bien triste…

En tout cas, en regardant les prestations des autres groupes, j’ai pensé que, contrairement à ce qu’on peut penser, les jeunes Japonaises se montrent extrêmement motivées quand il s’agit de leur club.  Ah, si la jeunesse japonaise se montrait aussi motivée pour résoudre certains problèmes de son pays !…


Le taiko, c’est bien beau, mais…

7 février 2009

Salut à tous,
Et merci d’être fidèles au poste!
Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir d’accueillir à Narita ma môman et ma soeurette (“ma petite soeur préférée”). Petites retrouvailles très sobres “ah, tiens, c’est bizarre de vous voir ici, qu’est-ce que vous faites ?”. Journée chargée bien que consacrée au repos ! Dur dur le décalage horaire.
Rien de spécial aujourd’hui, mais nous avons eu le temps de passer à la salle de jeu. Soeurette est nulle au taiko, mais je mets ça sur le compte de la fatigue. Des photos viendront peut-être prochainement…
En attendant, le grand évènement de ma vie aujourd’hui, c’est l’accueil d’un nouveau colocataire…après “bébé appareil photo chéri”, voici…

koto1

Mon-koto-tout-beau-et-rien-qu-a-moiiiiiiiii <3
Le koto, comme chacun sait, est un instrument traditionnel japonais des plus magnifiques, son seul défaut étant de venir en réalité de Chine =D

La bestiole mesure environ 1,90m (pas aussi grand que Kotoôshû donc…), et coûte la bagatelle de mgneugneuneuuu yens. C’est mon nouveau trésor.

Reprenons. L’université Kyôritsu nous soûle. On n’y apprend presque rien d’intéressant. Les camarades japonaises sont froides comme des glaçons. Le bureau des relations internationales semble vouloir surveiller nos faits et gestes tout en faisant mine de rien. Mais grâce à Kyôritsu, et grâce à l’Inalco qui m’y a envoyée, j’ai pu entrer dans le club de koto de la fac. Ô joie ! Hélas comme je suis perfectionniste, j’ai eu envie d’apprendre et de m’entraîner sérieusement…et me voilà en possession de ce beau joujou.

Je ne vais pas entrer dans les détails techniques (d’autant que je ne suis pas très forte…la honte). Mais quand même. Le koto est taillé dans du paulownia (je serais pas foutue d’en reconnaître un si j’en voyais mais je répète ce qu’on m’a appris à l’école). Les cordes, au nombre de 13, sont tendues sur toute la surface. Traditionnellement, les cordes sont en fils de soie, et les tsume (ongles) dont on se sert pour jouer sont en ivoire…

Pour l’accorder, on place au niveau de chaque corde un ji (petit chevalet) pour obtenir la hauteur de son voulue.

koto2

koto3

koto4
On dit aussi que le koto est la représentation d’un dragon couché…mais j’oublie toujours où se trouve la tête et où se trouve la queue ^^;

Mon nouvel ami, en plus de tous ses avantages déjà évoqués, a une très jolie housse pour dormir, recouverte de grues dorées et argentées.

koto5

Je sens qu’on va bien s’entendre, lui et moi…


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